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Les chats peuvent-ils être infectés par des vers du cœur au Québec ?

Un article de Dre Lyanne Fyfle, DMV, Dipl. ACVIM (Médecine interne)

Je vous présente Cornichon, une chatte stérilisée domestique de 5 ans qui a consulté au centre DMV au département de médecine interne pour une toux chronique rapportée depuis au moins 1 an, mais accentuée dans le dernier mois.

Examen et tests


À l’examen physique, on note la présence d’efforts expiratoires, ainsi qu’une tachypnée légère. Cornichon souffre d’embonpoint important, ce qui semble exacerber sa condition respiratoire, mais empêche aussi la réalisation d’une bonne auscultation cardio-respiratoire. Aucune anomalie significative n’a été notée lors de l’auscultation thoracique. Des radiographies thoraciques récentes sont disponibles pour interprétation. Une pathologie bronchique modérée généralisée est visualisée et la silhouette cardiaque suggère la possibilité d’une légère cardiomégalie.

Un bilan sanguin complet avec une T4 totale est sans anomalie significative. Sa pression sanguine se situe dans des valeurs considérées normales pour un chat en clinique vétérinaire. Un dosage des anticorps contre Dirofilaria immitis a été effectué : son résultat est positif. Ce chat souffre-t-il d’une infection aux vers du cœur ?

Troubles respiratoires


Chez le chat, les infections à D.immitis peuvent être asymptomatiques ou certains chats peuvent manifester des signes cliniques plutôt vagues. Autrement, le portrait clinique d’une infection féline aux vers du cœur est principalement d’ordre respiratoire ; tachypnée persistante, toux intermittente combinée à un effort expiratoire. Pour ces raisons, tout chat souffrant d’un syndrome clinique pouvant être suggestif d’asthme félin devrait être évalué pour la possibilité d’une infection aux vers du cœur (Heartworm-associated respiratory disease; HARD), surtout si cet animal a accès à l’extérieur. Malheureusement, avec les tests diagnostiques actuellement disponibles, il n’est pas toujours possible d’établir un diagnostic de façon confiante.

Tests antigéniques : plusieurs inconvénients


Contrairement au chien, la charge parasitaire chez le chat est habituellement très faible et souvent unisexe. Pour cette raison, la présence de microfilaires est habituellement de faible à nulle chez cette race. Les techniques utilisant des méthodes de concentration pour la détection de microfilaires, tel que le modified knot test ou les filtres milipores, demeurent très peu sensibles du point de vue diagnostique.

Les tests antigéniques, aujourd’hui considérés comme la norme diagnostique chez le chien, présentent aussi plusieurs inconvénients chez le chat. Ces tests peuvent détecter la présence d’un seul ver adulte femelle, mais les infections félines peuvent être associées à la présence uniquement de vers mâles. Une étude américaine effectuée sur des nécropsies de chats de refuge a d’ailleurs révélé que 30 à 50 % des chats infectés à D.immitis avaient une infection associée uniquement à la présence de vers mâles.

Une infection récente (présence de vers immatures) ou la présence de complexes antigène-anticorps pouvant interférer avec le test antigénique sont aussi d’autres explications pour la faible sensibilité des tests antigéniques chez le chat.

Il est d’ailleurs préférable de dire d’un test antigénique négatif chez le chat qu’il ne démontre pas la présence d’antigène détectable. Les tests détectant les anticorps félins contre D.immitis sont préférables comme outil diagnostique, vu leur plus grande sensibilité (moins de faux négatifs). Les vers mâles et femelles même immatures (aussi tôt que deux mois) ont la capacité de stimuler la production d’anticorps. Ce test est aussi préférable pour la détection d’infections félines, car des changements histologiques pulmonaires sont notés sur les chats infectés uniquement par des vers au stade larvaire.

Cependant, ce test ne nous permet pas de différencier entre une infection active ou passée. Certains changements radiographiques (élargissement artériel) ou échocardiographiques (présence de vers adultes) peuvent augmenter l’index de suspicion d’une infection féline aux vers du cœur (voir tableau 1).

Focus-DMV_14-mai-2014_tableau_vers_du_coeur_chez_le_chat

Traitement


Contrairement au chien, les traitements d’adulticides sont peu recommandés et plutôt utilisés en dernier recours. Étant donné que les signes cliniques chez le chat sont surtout secondaires à la réaction inflammatoire faisant suite à la mort des vers adultes, et non à la charge parasitaire elle-même, il existe peu davantage au traitement adulticide. La mélarsomine étant considérée comme potentiellement toxique chez le chat, lorsqu’un traitement aux adulticides est préconisé, de l’ivermectin est surtout utilisé. Une solution de rechange aux adulticides, lorsque jugée nécessaire, est l’extraction parasitaire chirurgicale.

Si l’animal ne démontre pas de signes cliniques respiratoires, un suivi physique, sérologique et radiographique peut seulement être recommandé aux 3 à 12 mois. Étant donné la durée de vie plus courte (2 à 3 ans) de D.immitis chez le chat, la charge parasitaire habituellement faible et la rareté de microfilaires en circulation, il peut être préférable de laisser la maladie suivre son cours chez le patient asymptomatique. Autrement, les signes cliniques sont principalement gérés à l’aide de prednisolone à dose décroissante. Certains patients peuvent nécessiter des soins intensifs si une réaction anaphylactique (traitement de choc, oxygénothérapie, bronchodilatateur…) importante se manifeste.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens ainsi que l’aspirine ne semblent pas apporter de bénéfices aux patients félins souffrant de dirofilariose, et pourraient même exacerber les lésions au parenchyme pulmonaire.

Traitement préventif


Malgré une population féline au Québec vivant en grande majorité exclusivement à l’intérieur, un traitement préventif pendant les mois à risque, ou à l’année peut être recommandé. Selon une étude rétrospective, 25 % des chats ayant été infectés par le ver du cœur n’avaient pas d’accessibilité à l’extérieur. L’utilisation d’une chémoprophylaxie pour les vers du cœur chez le chat n’est pas tributaire des résultats sérologiques.

En conclusion, les infections aux vers du cœur, même si elles sont rares, sont toutefois possibles chez le chat au Québec. Ces félins ne sont pas toujours cliniquement affectés, mais un chat présentant des signes cliniques respiratoires compatibles devrait être évalué par la possibilité d’une dirofilariose. Le test de dépistage préconisé est le dosage des anticorps contre D.immitis. Un traitement est recommandé lorsque l’animal présente des signes cliniques, et se résume principalement à l’utilisation de corticoïdes. Malgré une population qui peut sembler à première vue à faible risque, un traitement préventif peut quand même être préconisé.

Pour plus d’information sur les infections félines à D.immitis, veuillez consulter le site suivant : www.heartwormsociety.org.

Pour télécharger le Focus du 14 mai 2014, cliquez ici.

Focus-DMV_14-mai-2014_Page_1



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